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Numéro 16
   

Rachid Taha

MUSIQUE : Entretien avec Rachid Taha

Rachid Taha est sûrement l’artiste contemporain Algérien le plus célèbre au monde. En France, il est un artiste précurseur.

Depuis « Barbes », son premier album solo il y a 20 ans, Rachid met en chanson la tolérance et diffuse l’intégration à la vue de tous. Il n’a de cesse de rappeler les réalités des immigrés d’Afrique du Nord.

Trente années de carrière, il a connu les plus grands : Gainsbourg, Bashung… Sa musique a été adaptée par Carlos Santana en 1999 sur l’album Supernatural. Il a également été récompensé par la BBC dans la catégorie World Music.

Son franc-parler lui attire la « censure », sa musique n’a pas pris une ride, elle est plus actuelle que jamais. Pour s’en convaincre il suffit d’écouter sur Deezer : www.deezer.com/fr/music/rachid-taha#music/rachid-taha

Rv Dols : Tu es né en 1958 en Algérie…

Rachid Taha : Oui, à Oran où j’ai vécu pendant une dizaine d’années, puis mes parents sont venus en France et plus exactement en Alsace.

Rv Dols : C’est là que tu découvres le froid.

 

Rachid Taha / photo Rv Dols©

Rachid Taha : Oui et la bêtise humaine. Certaines personnes avaient peur de l’inconnu, voir des différences, alors le réflexe était le racisme, et tu sais à cet âge là les enfants peuvent être cruels et répéter sans ménagement ce qu’ils entendent à la maison.

Rv Dols : Puis la famille Taha s’installe à Eponge sur Vologne…

Rachid Taha : C’est l’affaire Grégoire.

Rv Dols : Tu n’as rien à voir avec ça.

Rachid Taha : Si j’ai à voir, c’est moi le véritable, je me suis cassé… (rire)

Rv Dols : Tu quittes le domicile de tes parents à 20 ans pour vendre des livres.

Rachid Taha : Je vendais des livres, c’était comique. Le catalogue dans les mains, on se faisait passer pour des étudiants qui gagnaient « des étoiles » pour pouvoir voyager et continuer leurs études. Il y avait un peu d’arnaque, mais bon. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour sortir du petit village où je vivais.

Rv Dols : Finalement tu retournes chez tes parents à Lyon et tu fais de l’intérim. A l’usine tu rencontres deux frères : Mohamed le guitariste et Moktar le bassiste.

Rachid Taha : Effectivement, j’ai travaillé à l’usine comme intérim. Le week-end Mohamed et Moktar jouaient de la musique. Je ne sais pas si tu te souviens, c’était l’époque des bottes people. Un jour de grève comme aujourd’hui, nous sommes allés au local où ils répétaient.

Rv Dols : C’est le début de Carte de Séjour, groupe mythique Français des années 80, qui se fait réellement connaître du grand public avec le deuxième album « Deux et demi » et cette chanson devenu culte, la fameuse reprise de Trenet « Douce France ». En 89, sur la tournée en Allemagne, le groupe implose.

Rachid Taha : Le clip de Douce France a été tourné par Cyril Collard qui avait réalisé le film « Les Nuits fauves ». La chute du groupe s’est faite le jour de celle du mur de Berlin. J’étais bien présent ce jour là, sans marteau ni burin, je n’ai malheureusement pas croisé Sarkozy. Si je me souviens bien, nous habitions Kreuzberg à Berlin. C’était un quartier alternatif où se mélangeaient des Punks, des émigrés Turcs et l’extrême gauche. Après notre embrouille je repars à Oran. Je voulais me vider de cette période d’excès en tous genres et de proximité que j’avais vécu avec le groupe. Tu sais, quand tu quittes un groupe, c’est comme si tu quittais une femme. J’avais besoin de me retrouver, tout changer. J’écris mon premier album solo « Barbes » et je pars pour Paris. Entre-temps je tombe malade, une maladie bizarre, opération puis un mois d’hôpital.

Rv Dols : « Barbes » sort à l’époque de la première guerre du Golfe (1991) et, à l’image de Carte de Séjour il y a cette empreinte musicale, cette mosaïque de sons qui mêle les instruments, les sonorités et les textes en arabe à la musique pop rock occidentale. On peut dire que ce n’était pas le moment, un album en avance sur son temps. Suivra en 93 l’album éponyme, puis « Olé Olé » en 1995.

Rachid Taha : Pour moi, Olé Olé est l’un des meilleurs albums que j’ai fait. La photo de la pochette est de Jean-Baptiste Mondino. Elle fait référence aux Damnés de Luchino Visconti, c’est un film de 1970 qui met en évidence la montée du Nazisme dans les années 30 en Italie. Les yeux bleus et les cheveux blonds, c’est une manière de dénoncer le fascisme.

Rv Dols : « Carte blanche » en 97, « Dîwan » en 98 (album de reprises), « 1, 2, 3 Soleils » avec Faudel et Khaled, et en 2000, encore une perle, « Made in Médina ».

Rachid Taha : J’ai beaucoup aimé cet album « Made in Médina », il a été enregistré à la Nouvelle Orléans, c’est un bon souvenir. Barra Barra, le premier titre de l’album, fait partie des musiques du film de Ridley Scott « La chute du Faucon noir ».

Rv Dols : En 2004, Tékitoi avec la participation de Christian Olivier des Têtes Raides, là aussi bon album, notamment avec la superbe adaptation de Rock el Casbah, « Dîwan 2 » en 2006 et l’excellent « Bonjour » en 2009 avec Gaëtan Roussel. Je ne vais pas énumérer toutes les collaborations et participations, on y passerait la nuit, mais bon, John Paul Jones, Robert Plant ex chanteur de Led Zeppelin, Brian Eno, Mick Jones… des dates dans le monde entier sur tous les continents, le festival où Patti Smith en personne t’invite…

Rachid Taha : J’ai aussi fait des duos en particulier avec Alain Bashung ; quand il est décédé, sûrement le jour le plus triste de ma vie. Il était mon ami, des affinités nous rassemblaient, particulièrement dans nos racines cela nous a rapproché. Il est vrai que j’ai joué un peu de partout, notamment aux Etats-Unis à plusieurs reprises, sur le festival de Patti Smith avec Yoko Ono.

Pour revenir à « Bonjour » l’album a très bien fonctionné en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada.

Rv Dols : Je crois qu’actuellement tu as un projet d’écriture.

Rachid Taha : Je vais faire un Dîwan 3 un peu spécial et suivra un album Rock avec en principe les participations de mes amis Brian Eno, Mick Jones… J’aime écrire, en ce moment je suis sur des textes personnels qui correspondent à mon enfance, j’isole des passages, des douleurs. Je me rends compte que le temps est passé trop vite. La vie a bousculé notre quotidien, le départ pour la France reste une douleur vivace. Mon grand-père était l’une des personnes que j’aimais le plus sur cette terre, son décès reste une expérience douloureuse. En Algérie tu meurs le matin on t’enterre l’après-midi ou le lendemain. Je suis arrivé trop tard. A 50 ans ton passé remonte à la surface et tu tires des conclusions. Je suis passé de l’enfance à l’exil. Le temps fait son œuvre et on ne peut pas revenir en arrière.

Rv Dols : Je crois que tu as gardé la nationalité Algérienne par hommage à un oncle décédé pendant la guerre.

Rachid Taha : La bataille d’Alger, une guérilla urbaine où les paras Français se sont distingués dans les tortures, une référence pour les dictateurs Sud Américains. Mon Oncle a été torturé et jeté d’un hélicoptère par les militaires. Mais je me sens totalement Français. Mon fils est d’ailleurs Français, 25 ans déjà, il fait du rap.

Rv Dols : Je voulais revenir sur « Voilà Voilà », ce morceau a plus d’une décennie et malheureusement il est toujours d’actualité.

Rachid Taha : Quand Sarkozy déclare à Grenoble qu’il va retirer la nationalité Française aux étrangers criminels, c’est une stigmatisation. Cela sous-entend que les criminels sont obligatoirement des étrangers. Les propos de Hortefeux sont inacceptables. L’histoire de la burqa, cela touche une minorité et bien souvent se sont des catholiques converties. Montrer du doigt les « coupables » de tous les malheurs que subissent les Français permet de détourner l’attention et d’attirer un électorat d’extrême droite.

Rv Dols : Tu es fan de cinéma, tu as réalisé un court métrage qui est passé à Canal+, des suites peut-être ?

Rachid Taha : Je me lance dans la réalisation. Bientôt je vais réaliser un premier film. Un polar qui aura pour décor une boîte de nuit, je veux évoquer la religion, la vie à Paris,…J’ai déjà approché des acteurs. En parlant d’acteur j’ai un tout petit rôle dans le dernier film de Rachid Djaïdani.

Rv Dols : Faire du cinéma, est-ce un rêve qui se réalise pour toi ?

Rachid Taha : Oui mais, tu sais, j’ai des doutes parfois. Ce n’est pas facile d’être. Mais bon, j’avance. J’ai eu un chagrin d’amour il y a peu de temps. Je me suis demandé à quoi je pouvais me raccrocher. Le travail me permet de positiver et d’éviter de tomber dans la haine, je ne vais pas la maudire et me morfondre. Elle me voulait du bien et puis j’ai pas mal abusé, j’étais trop dans la bringue. Finalement c’est bénéfique pour moi cette rupture. Cela me permet de me relancer dans le travail.

 

Rv Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

 

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