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Numéro 18
   

photo Rv Dols

Reportage : Les Pénichards / Yann Cinéaste Marinier

Yann Le Masson est Breton d'origine, dans les années 80 il vivait à Paris, il acheta une péniche - Un Freycinet de 39 mètres sorti des chantiers de Lille en 1938 - pour en faire une salle de montage. À l'époque, il réalisait des documentaires cinématographiques. Il fut, entre autres, chef opérateur de Sydney Pollack. Il passa le permis et, entre deux productions, il devint marinier. Rotterdam, Amsterdam, les voyages se succédèrent au fil de l'eau, La Seine, Le Rhin, La Meuse, Le Rhône, d'écluse en écluse Yann remplit les carnets de bord les uns après les autres, dix ans de voyage. Forcément cela crée des liens, sa péniche c'est un peu sa roulotte, un escargot qui se sent bien dans sa coquille, comment pourrait-il en être autrement. Sa compagne Cathie préférait vivre sur un voilier en bois, pour elle ce n'est pas plus facile de naviguer sur des fleuves que sur la mer, et puis si le moteur tombe en panne, cela devient compliqué d'envisager de hisser la grand-voile.

En 1991, Yann s'arrêta au port d'Avignon quai de la ligne, où les mariniers peuvent s'amarrer gratuitement en attendant des frets. Le métier était en perte de vitesse, les autoroutes et les semi-remorques ont eu raison d'un mode de vie, la profession semble refaire surface ces dernières années, mais cela ne sera plus jamais comparable aux heures de gloire des transports fluviaux. Il était temps de prendre sa retraite et c'est ce que fit Yann.

En 1997, de retour d'un voyage à Cuba, la CNR lui proposa une place qui s’était libérée entre temps. Yann accepta le système bateau logement, il savait que « Le Nistader » ne partirait plus travailler.

photo Rv Dols©

Depuis cette période, sa péniche est amarrée chemin des Canotiers à l'île de la Barthelasse, au calme au milieu de la nature, bien loin de l'inconfort des bruits de la route et des nuisances de la ville.

De temps en temps, il y a bien une crue, comme en 2003, le Rhône monta de sept mètres, alors Yann profita de l'instant pour élaguer les arbres qui se trouvaient à proximité de sa péniche.

En 2005, c'est la dernière fois que Yann et Cathie allèrent naviguer sur le Rhône histoire de faire ronronner le Baudouin. Yann est aujourd'hui très malade, ses déplacements à bord du « Le Nistader » sont compliqués, mais le capitaine n'abandonnera pas le navire. L'homme a le regard malicieux, son esprit encore vif le rend attachant.

Rv Dols : Cela peut paraître paradoxal quand on a des idées de gauche et qu'on adhère au parti communiste dans les années 50, d'aller faire la guerre d'Algérie.

Yann : Hélas, j'avais fait la préparation militaire dans les paras et pour une seule raison, je voulais sauter en parachute. Quand mon sursis s’est terminé, ils m'ont expédié d'office en Algérie, dans les paras, de septembre 1955 jusqu'au début du mois de janvier 1958, j'avais 25 ans. Je ne voulais pas faire le service militaire obligatoire, le parti m’a rappelé à mes devoirs. En plus à l'époque ce n'était pas reconnu comme une guerre, ils nommaient cette guerre maintien de l'ordre. En face de nous, il y avait de vrais soldats de l'armée de libération nationale, c'était très dur. L'indépendance était nécessaire, si j'avais été Algérien, je me serais battu à leurs côtés. J'avais des liens d'amitié avec des Algériens. Quand je suis revenu à la vie civile, le premier documentaire que j'ai fait «J'ai huit ans » était un manifeste contre l'armée française et en faveur des Algériens.

De retour à Paris, les traces que lui infligèrent la guerre et la violence insufflée par l'armée française produisent de nombreux conflits dans sa vie de tous les jours. Son amie Michèle Firk, militante révolutionnaire qui donna sa vie au Guatemala pour la cause anti-impérialiste, le mit en contact avec la fédération clandestine de France du FLN. Dans les bidonvilles de Nanterre, Yann donna des cours de guérilla urbaine aux Algériens et participa aux réseaux Janson.

Il fit connaissance avec sa future femme Olga Poliakoff, la soeur de Marina Vlady et co-réalisèrent « J'ai huit ans » projeté clandestinement à Paris le 10 février 1962.

N'oublions pas qu'à l'époque en France, une démocratie, il y avait l'homme politique du siècle le général de Gaulle. Ce qui n'empêcha pas l'assassinat à Paris de plus de 200 Algériens, certains furent jetés dans la Seine vivants par les forces de l'ordre sous les ordres du préfet Papon et du ministre de l’Intérieur Roger Frey.

Yann et des amis fondèrent le « Groupe cinéma parallèle », ils produisaient des films bénévolement. L'exploitation publique de leurs œuvres était systématiquement interdite. Séance de rattrapage pour ceux qui décident de voir le cinéma engagé de Yann.

Un coffret deux DVD est sorti en 2011, « Kashima Paradise », il contient cinq documentaires tournés par Yann ; J’ai huit ans (1961), Sucre amer (1963), Kashima Paradise (1973), Regardes, elle a les yeux grands ouverts (1980), Heligonka (1985) aux éditions Montparnasse, dans la très belle collection le geste cinématographique dirigée par Patrick Le Boutte et Vianney Delourme.


Rv Dols / herve.dols@oeilpaca.fr

 

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