L'œil : Tu comptes rester longtemps à L'Estaque?
Sly : Au moins un an... minimum.
L'œil : Comment t'est venu l'envie de créer des bijoux?
Sly : D'elle même, je crois que c'est la fascination de la réalité naturelle. Quand j'ai découvert toutes ces graines, ces pierres, le but s'est imposé, c'était de les mettre en valeur grâce à la création de bijoux. J'ai trouvé la symbiose de la matière première et des bijoux fascinante.
L'œil : Comment se décide le choix, justement de la matière première pour une pièce ?
Sly : Il y a un critère esthétique évidemment, la curiosité de tester les matières qui paraissent vulgaires au premier coup d'œil, une fois que l'on commence à s'intéresser à elles, à les frotter, à les poncer, à les polir, leur nature se révèle, c'est fabuleux. Un exemple, lors de mon passage dans les régions tropicales, j'ai découvert la graine de corozo ou tagua, j'ai vu des artisans la travailler, c'est de l'ivoire végétale, une matière très intéressante à bien des titres. On ne touche pas à l'éléphant. Cette graine véhicule l'humanité, elle est symbolique et elle ressemble beaucoup à l'ivoire.
L'œil : Quelles sont les autres matières qui interviennent dans tes réalisations ?
Sly : Je travaille beaucoup l'inox. De par ses qualités inoxydables à la base, il ne noircit pas au contact de la peau, mais l'une des propriétés qui prime pour moi c'est la résistance et pour réaliser les grosses pièces, (les pièces de corps) il en faut, il y a des tensions qui s'exercent un peu partout, il ne faut surtout pas que cela lâche. L'argent est beaucoup plus malléable ce qui ne m'autorise pas certaines créations. Sans oublier l'entretien ; l'argent se ternie, l'inox lui ne bouge pas. Je travail l'argent, mais dans une moindre mesure.
L'œil : Combien d'heures sont nécessaires à la réalisation d'une grosse pièce?
Sly : Cela varie, plusieurs critères entrent en ligne de compte, mais on peut dire que cela commence à partir de 50 heures pour les premières. Pour les belles pièces, les plus grosses, cela peut prendre jusqu'à 150 heures de travail.
L'œil : Comment t'organises-tu ? Fais-tu d'abord un croquis ?
Sly : C'est de l'inspiration totale. Je me réveille le matin et j'ai un modèle en tête. Je pars un peu à l'aventure. Je construis, chaque pièce est unique, d'ailleurs je ne parviens pas à reproduire plusieurs pièces identiques et puis çà ne m'intéresse pas. A chaque modèle, des idées nouvelles se présentent et j'évolue par rapport aux précédentes réalisations.
L'œil : Il y a t-il des matières que tu préfères travailler ?
Sly : Incontestablement, mes préférences s'orientent sur le naturel. Tout à l'heure, j'évoquais les graines, les pierres, je suis également fasciné par les coquillages. Mais aussi par les coraux noirs que j'ai rapporté d'un de mes voyages, des cailloux que j'ai récupéré sur des îles au Antilles et qui donnent une couleur verte à l'eau, dernièrement je suis allé à Prague et j'ai ramené de l'Ambre...ce qui m'émerveille, c'est de partir d'un objet qui ressemble à rien et à force de le travailler, d'arriver à quelque chose...
L'œil : Actuellement tu es en France, tu bouges un peu en Europe mais tu ne changes pas de continent, comment te réapprovisionnes-tu ?
Sly : Je me suis constitué un stock. Et puis tu sais, quand on voyage, on crée de nombreux liens amicaux. Mes amis pensent à moi, ils m'envoient des matières premières, par conséquent de nouvelles matières me sont proposées. J'ai gardé des contacts, Internet et le téléphone fonctionne.
L'œil : As-tu l'intention de travailler d'autres matières ?
Sly : J'aimerais avoir la possibilité d'évoluer dans le métal, travailler l'or, cette matière noble et mythique me motive.
L'œil : On dit que les voyages forgent la jeunesse, ont-ils forgés tes créations ?
Sly : Certainement, le fait d'avoir bougé m'a permis de créer mon propre style ; en Afrique, en Asie je me suis abreuvé du savoir faire des artisans locaux, qui m'ont éveillé, ce que je retiens, ce sont les productions réalisées dans ces pays avec des moyens ridicules, ils arrivent à faire des choses fabuleuses, on réalise le potentiel qui est en nous. Par exemple je fais moi-même mes fermoirs et je façonne mes perles, mes cailloux …ce qui se perd dans notre société, c'est dommage.
L'œil : Est-ce facile de vivre de son art ?
Sly : C'est ma vie et je ne veux pas la vivre autrement. La richesse est plus intériorisée que sur un compte en banque, cela me satisfait, l'essentiel est là, en moi.
L'œil : Sur ton site Web, j'ai vu une inscription atelier nature, çà représente quoi ?
Sly : (Rire) Quand j'ai une semaine devant moi et que le temps est propice, je prends quelques affaires, je les jette dans mon fourgon et je pars en pleine nature. Je suis dans mon élément. Je m'installe, si possible à côté d'un petit ruisseau avec mes pinces et je crée, l'inspiration me monte, je vis.
L'œil : Où peut-on trouver et acquérir tes créations ?
Sly : Mon site Internet à fonction de vitrine et mes coordonnées sont disponibles sur la toile. Je fais tout sur mesure et sur commande. Mes réalisations de prédilections sont les pièces de corps. Ma nouvelle collection sera visible en 2008.
L'œil : Des Tarifs ?
Sly : Les tarifs sont calculés selon le temps passé autour d'une création, je travaille à 12€ de l'heure.
L'œil : Pour finir deux questions qui n'ont aucun rapport avec tes créations, que retiens-tu de séduisant, voir d'attirant en région PACA ?
Sly : Je trouve que le mélange culturel est excellent, ici le brassage ethnique est considérable, enrichissant, la fusion de tout le pourtour méditerranéen qui s'impose surtout dans cette région est fabuleuse. Quelque part je serais tenté de dire que Marseille ce n'est pas la France, une ambiance particulière se dégage, une mentalité bien à part que j'apprécie et puis là j'ai la chance d'être en bord de mer, un luxe à mes yeux.
L'œil : Si je te dis écologie...
Sly : Peut être pas forcément à Marseille... (Rire) un élément fondateur et formateur pour moi, cela aussi c'est en moi.
Yasmine |