Les trentenaires, mais aussi les plus jeunes, trouvent plus que logique l’existence du graffe qui fait tout simplement partie du quotidien visuel. Cela n’étonne plus personne qu’un pan de mur d’une pièce soit ornementé d’une fresque réalisée à la bombe. Je ne sais plus qui disait cela, mais en gros : « le graffe est entré par la fenêtre des terrains vagues pour ressortir par la porte des galeries ». Je crois que cela résume bien l’état d’esprit actuel ».
Chacun sait que le graffiti nous vient du Hip Hop, puisque considéré et ce, à juste titre, comme l’une des disciplines liées au mouvement. Aujourd’hui, il semblerait que l’art d’étaler ses créations aérosols sur les murs ne soit plus vraiment lié à une appartenance à un (ou des) mouvement précis. Même si les codes ont l’usage dur à vivre, mutent et persistent.
RUZE : « En ce qui me concerne, la découverte du graffiti s’est faite également avec le Hip Hop. A l’époque, les deux mouvements étaient pratiquement encore indissociables. Depuis quelques années il en est tout autre. Les gens qui s’expriment sur les murs ne sont pas forcément issus du mouvement historique. J’ai même rencontré des puncks qui graffent, d’autres qui écoutent de l’électro et d’autres du rock. L’évolution de ce moyen d’expression s’est faite avec des gens qui venaient d’univers complètement différents. L’exportation vers des milieux qui sont finalement éloignés du Hip Hop, tente à prouver que le graffe est une discipline à part entière, qui s’adapte et que chacun peut accommoder sans restriction. Le graffe veut rester libre, il aura toujours ce côté anarchique qui trempe dans ses fondements ».
Nous comprenons bien que le graffe est un moyen d’expression à part entière. Tous n’ont pas les aptitudes que possèdent ceux qui détiennent la dextérité, l’expérience et la petite goutte de talent. Dans la logique, les débuts sur les murs se font en lettrages et, pour les plus doués, les personnages interviennent rapidement dans leurs œuvres.
RUZE : « Les lettrages, comme pour beaucoup, ce fut mes débuts. J’ai toujours beaucoup dessiné. Donc, c’était dans la logique des choses que je vienne aux personnages le plus rapidement possible. Je ne voulais pas me restreindre juste aux lettrages, l’envie était de pouvoir m’exprimer sans limites ».
Les bombes aérosols sont chères, les temps sont durs, les graffeurs sont dans l’obligation de trouver des solutions pour pouvoir perpétuer le processus de création.
RUZE : « Je ne fais pratiquement pas d’argent avec le graffiti. Avant toutes choses, en ce qui me concerne, le graffiti est une passion. Je ne pense pas avoir un niveau qui me permette de mettre des prix à mes peintures. Après, les commandes pour particuliers, cela arrive. Mais en général je ne mange pas avec le graffe ».
Le graffiti, diabolisé à ses débuts, est devenu outil ethnologique puisque dans l’origine des ethnies et des cultures des rues. Un jour il sera peut-être enseigné à l’école. Cette perspective est-elle concevable pour un graffeur ?
RUZE : « Cette idée est séduisante, elle ne serait pas pour me déplaire. A Paris, avec des amis, nous avons réalisé une fresque sous le préau d’une l’école. Pour l’époque, c’était une évolution et une preuve de considération ».
Propos recueillis par Rv Dols |