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Numéro 15 Automne 2010
   
   

 

DOSSIER : Témoignage Mr Martinez adjoint au Maire d'Arles

Il y a un an, à cette époque, nous avions fait un sujet sur la plage de Piémanson à Salin de Giraud (13), l’une des plus grandes plages d’Europe prise d’assaut illégalement par plus de 15 000 vacanciers chaque mois de juillet et d’août.

Dans l’interview que nous avait accordé Mr Philipe Martinez (adjoint à la mairie d’Arles et délégué permanent au village de Sambuc), il nous affirmait que la saison 2010 serait la dernière pour les campeurs et que des signalisations indiqueraient que les véhicules ne pourraient plus circuler sur la plage à partir de 2011. Par conséquent le camping sauvage ne serait plus toléré.

Nous sommes retournés en Juillet et en Août 2010 à Piémanson pour constater qu’aucune signalisation n’était mise en place.

Pour en savoir plus, nous avons repris contact avec Mr Philippe Martinez. En vacances, il a bien voulu répondre à nos questions. Nous tenons à l’en remercier.

DAVID : Mr Martinez, l’année dernière vous nous avez affirmé qu’en 2010 il y aurait une signalisation pour prévenir qu’en l’été 2011 la plage serait fermée aux campeurs et aux véhicules. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Mr Philippe Martinez : Aujourd’hui c’est le statu quo. Pour pouvoir aménager un parking organisé et sécurisé, il fallait que la mairie d’Arles fasse l’acquisition d’un terrain qui appartient aux Salins du Midi et ils ne sont pas vendeurs. Malgré le financement de l’Europe, mais aussi de la Région et du Département nous sommes tenus par un propriétaire qui ne veut pas nous vendre le terrain. A plusieurs reprises nous leur avons expliqué que le but était de rendre à la plage son caractère naturel.

DAVID : Je comprends bien, mais il y a quand même une loi sur le littoral qui est en vigueur et qui n’est pas appliquée.

Mr Philippe Martinez : Ce qui se passe c’est que les bénéfices directement liés aux campeurs de Piémanson permettent d’équilibrer les comptes des commerces de Salin de Giraud sur une année. Ce qui veut dire que si nous fermons la plage de Piémanson, ce sont les commerces qui purement et simplement en pâtiraient. Les salins du Midi ont supprimé énormément d’emplois ces dernières années, si nous tuons les commerces, le village va mourir.

DAVID : Vous êtes en train de me dire que la loi sur le littoral n’est pas applicable sur la plage de Piémanson, car cela aurait des répercutions négatives pour les commerçants de Salin de Giraud.

Mr Philippe Martinez : Entre autres, il n’y a pas que cela. Il y a aussi des associations locales qui gèrent correctement l’espace où ils campent. Je pense notamment aux naturistes de Camargue et Soleil. Ils font énormément d’efforts pour éviter les dégradations du site. Si vous voulez, ce sont les bons qui vont payer pour les mauvais. Quand il y a 15000 personnes sur la plage en juillet et août c’est une minorité qui ne joue pas le jeu et qui se comporte, excusez moi l’expression, comme des cochons. Mais c’est vrai que la loi du littoral n’est pas respectée.

DAVID : Ne serait-il pas envisageable de fermer la route avant l’accès à la plage afin que les véhicules ne puissent plus s’engager sur celle-ci ?

Mr Philippe Martinez : Le problème, si on ferme la route il n’y plus de camping et on retombe dans le scénario que je vous ai décrit précédemment. Il faudrait arriver à exercer un peu d’ordre sur cette plage et que les gens qui ne jouent pas le jeu soient verbalisés et chassés de Piémanson. Il y a des gens qui viennent depuis des générations qui laissent une caravane là et qui sont respectueux du site. Il y a des imbéciles qui viennent, qui salissent, qui font du rodéo sur la plage et qui roulent à toute vitesse à proximité des enfants et on ne parle que d’eux. Finalement, on porte un jugement catastrophique sur les usagers de la plage mais ce n’est pas que cela Piémanson. Bien évidemment je ne suis pas l’avocat des campeurs. Nous défendons un projet qui est validé par l’Etat, par le Parc Naturel, par les collectivités publiques et qui a fait l’aval du conseil de village de Salin de Giraud, donc la population adhère à ce projet qui consiste à aménager un espace pour accueillir dignement les estivants.

DAVID : Je suis allé du côté des naturistes où il est vrai que le respect de la nature semble être de rigueur, mais également à droite du poste de secours où les gens ont carrément érigé des clôtures et par conséquent délimité leurs territoires.

Mr Philippe Martinez : Il y a une tolérance dans cet espèce de flou, nous ne faisons pas démonter, nous pourrions le faire. Matériellement c’est facile, vous mettez un camion de CRS à l’entrée et un dans chaque embranchement, ce n’est pas très compliqué de prendre des mesures radicales. Mais nous ne pouvons pas purement et simplement d’un trait de plume rayer le problème de Piémanson. Nous l’avons fait à Beauduc avec les cabanons et cela a été un traumatisme. Il y aura peut-être quelqu’un au niveau des services de l’Etat qui prendra des mesures irrévocables. J’espère que l’on n’en arrivera pas à ce stade après une catastrophe, c'est-à-dire un coup de mer terrible ou un accident gravissime. Alors que nous pouvons régler très simplement tout cela, par le fait de l’acquisition des terrains à la compagnie des Salins du Midi qui ne veut pas vendre.

DAVID : En cas d’accident, Mr Schiavetti (maire d’Arles) ne serait-il pas responsable ?

Mr Philippe Martinez : Si vous voulez, sur le principe Mr le Maire est responsable des personnes et des biens sur tous les territoires de la commune. Par contre, là, nous sommes sur un espace qui est dévolu à l’Etat. Ce sont les Affaires Maritimes de Marseille qui sont, entre guillemets, responsables. Mais finalement tous les pouvoirs publics sont responsables. Il ne faut pas croire que nous sommes satisfaits de la situation. C’est vrai que Mr le Maire pourrait être mis en cause, sur cette question de la plage de Piémanson, mais le premier concerné est Mr Le Préfet qui ne fait pas appliquer la loi. Parce que c’est une question très délicate.

DAVID : L’année dernière vous nous avez affirmé qu’en 2011 la plage serait fermée au camping sauvage. Aujourd’hui nous pouvons donc dire que ce ne sera pas le cas.

Mr Philippe Martinez : Disons que comme cela est parti aujourd’hui, moi je ne vois pas d’amélioration dans l’immédiat. Cela dit, si demain nous arrivons à trouver un terrain d’entente avec la compagnie des Salins du Midi, cela peut aller très vite. Dans la mesure où nous avons les fonds et qu’il n’y a pas de permis de construire à demander. Les travaux de terrassement et autres aménagements ne sont pas non plus considérables.

Je veux encore une fois insister, tout peut se débloquer grâce à la bonne volonté des Salins du Midi. Non pas que je laisse la responsabilité à la compagnie, puisque nous sommes des élus et que le devoir d’assumer nous incombe. Mais la clé du problème, et cela ne tient pas à grand-chose, il y a 5 hectares ; Ils ont vendu 6500 hectares au Conservatoire du Littoral pour des espaces naturels achetés avec de l’argent public, il n’y en avait que 5 à rajouter. Dans le cabinet de Mr Jean-Louis Borloo cela ne c’est pas passé comme cela aurait du. Nous ne savons pas pourquoi. Peut-être que la compagnie du midi est très puissante au point de pouvoir modifier les accords qui ont été passés localement. C’est une histoire d’argent, 5 hectares à cet endroit prennent plus de valeur que 1000 ailleurs.

Propos recueillis par David

 

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